Fin du Halon dans l'Aviation : Cadre Réglementaire, Logistique et Impact pour l'Aviation Générale

Depuis le 31 décembre 2025, l'utilisation d'extincteurs portatifs au halon (1211 et 2402) pour la protection des cabines et des postes de pilotage est strictement interdite dans l'Union européenne.
Issue du règlement européen (UE) 2024/590 relatif aux substances appauvrissant la couche d'ozone (dit « Règlement Ozone »), cette obligation impose le retrait définitif et la mise hors service de tous les équipements concernés.
Malgré les demandes déposées par plusieurs États membres pour obtenir des dérogations temporaires, la Commission européenne a rejeté l'ensemble de ces requêtes, confirmant qu'aucune prolongation ne sera accordée.
1. Navigabilité vs Conformité Environnementale : Ce que disent l'EASA et la DGAC
L'Agence de l'Union européenne pour la sécurité aérienne (EASA) et la DGAC ont clarifié un point juridique crucial concernant la gestion des flotteurs :
Incapacité d'immobilisation pour navigabilité : Le non-respect du Règlement Ozone n'impacte pas la validité du certificat de navigabilité (CofA) de l'aéronef. L'EASA précise qu'aucune disposition du règlement de sécurité aérienne (UE) 2018/1139 n'oblige les autorités nationales à immobiliser au sol un appareil au seul motif qu'il transporte un extincteur non conforme.
Risques de sanctions nationales : Même si l'avion reste techniquement apte au vol, le maintien en service d'un extincteur au halon constitue une infraction administrative et légale au titre du Code de l'environnement (articles L.521-1 et suivants en France), exposant les exploitants à des sanctions nationales.
Feuille de route demandée par la DGAC : Pour accompagner la transition sans bloquer l'activité, la DGAC invite tous les exploitants (métropole et DOM régis par l'art. 73) maintenant des extincteurs au halon à transmettre un dossier comprenant le détail des appareils concernés, le motif de non-conformité et un échéancier de remplacement (dta-halon-bf@aviation-civile.gouv.fr).
2. Pénurie et Explosion des Prix : L'Alerte de l'IAOPA-Europe
L'interdiction place l'ensemble du secteur aéronautique face à une situation complexe. Comme le soulignent l'IAOPA-Europe et les acteurs de l'aviation générale :
Disponibilité critique de l'Halotron : La principale alternative approuvée, l'Halotron (notamment certifié ETSO-2C515), n'est pas produite en volumes suffisants pour couvrir le parc européen.
Flambée des tarifs : La forte demande des compagnies aériennes commerciales captant les stocks restreints a provoqué une hausse vertigineuse des prix, atteignant 2 000 € à 4 000 € pour un unique extincteur.
Complexité d'installation : Pour être légalement monté, un nouvel extincteur certifié nécessite l'application de normes CS-STAN (CS-SC108a ou CS-SC109a) ou l'obtention d'un STC / modification mineure, ce qui alourdit encore le processus d'équipement.
3. Quelles Options pour les Propriétaires d'Avions Privés et Avions Légers ?
La marche à suivre dépend directement de la catégorie d'aéronef et de son cadre d'exploitation (Part-NCO).
Que dit la réglementation ?
NCO.IDE.A.160 Hand fire extinguishers
Regulation (EU) 2018/1975
(a)Aeroplanes, except ELA1 aeroplanes, shall be equipped with at least one hand fire extinguisher:
(1)in the flight crew compartment; and
(2)in each passenger compartment that is separate from the flight crew compartment, except if the compartment is readily accessible to the flight crew.
(b)The type and quantity of extinguishing agent for the required fire extinguishers shall be suitable for the type of fire likely to occur in the compartment where the extinguisher is intended to be used and to minimise the hazard of toxic gas concentration in compartments occupied by persons.
A. Avions ELA1 (MTOW < 1 200 kg)
Pas d'obligation réglementaire d'avoir un extincteur à bord : Conformément au règlement européen NCO.IDE.160, l'extincteur n'est pas un équipement obligatoire à bord des ELA1 (sauf mention spécifique comme équipement obligatoire dans le Manuel de Vol / AFM ou dans une MEL).
La solution légale (mais incomplète) : Il est légalement possible de retirer purement et simplement l'extincteur au halon. L'avion est ainsi en conformité avec la loi (sauf mention sur MEL ou AFM).
Inconvénients des alternatives de fortune :
CO2 : Risque d'asphyxie élevé en cockpit confiné.
Poudre : Agent extrêmement corrosif rendant l'aéronef quasi-irréparable après usage.
Eau / Mousse : Danger élevé sur feux électriques et destruction de l'avionique.
Sac de containment feux lithium : Solution souvent plus adaptée qu'un extincteur pour les risques liés aux batteries d'appareils portables.
B. Avions ELA2 (MTOW de 1 200 kg à 2 000 kg)
Obligation d'équipement : L'extincteur demeure obligatoire à bord. Il est impossible de retirer l'équipement sans être en infraction avec les règles d'exploitation NCO.
Maintien du Halon à court terme : Conserver l'extincteur au halon permet de continuer à voler d'un point de vue navigabilité (selon la position EASA), mais expose l'exploitant au risque de contrôle environnemental jusqu'à ce qu'un équipement de substitution soit trouvé.
Quel extincteur (obligatoire) choisir pour un ELA 2?
Compte tenu de la fin du halon et des contraintes d'espace confiné, le choix dépend de la priorité accordée au budget, à la certification ou à la disponibilité :
1. Le choix idéal (mais coûteux et rare) : L'Halotron I / Halotron II
C'est le remplaçant direct du halon recommandé par l'aéronautique.
Avantages : Agent propre (gaz évaporant), non conducteur électrique, n'abîme pas l'avionique.
Inconvénients : Pénurie actuelle sur le marché européen, prix très élevé (2 000 € à 4 000 €) et nécessité d'un modèle certifié ETSO (CS-STAN) pour reste parfaitement dans les clous.
2. Le choix pragmatique / compromis : Le Novec 1230 (FK-5-1-12) ou FE-36
De plus en plus d'équipementiers aéronautiques développent des extincteurs certifiés à base de Novec 1230 ou de FE-36 (HFC-227ea / HFC-236fa).
Avantages : Gaz propre, non conducteur, sans danger pour l'électronique et efficace sur feux électriques/carburant.
Inconvénients : Nécessite de vérifier qu'il dispose d'une approbation ETSO ou d'une modification approuvée (STC/CS-STAN) pour votre type d'appareil.
3. Les alternatives à éviter en cockpit
Poudre (ABC) : À proscrire totalement. La poudre est ultra-corrosive pour l'aluminium, les câblages et l'avionique. Un seul tir de poudre dans le cockpit rend l'avion économiquement irréparable.
CO2 : Très dangereux en espace restreint. Le CO2 étouffe le feu en chassant l'oxygène, ce qui présente un risque majeur d'asphyxie et d'incapacitation pour le pilote.
Eau / Mousse : Inadapté aux feux d'origine électrique (court-circuit sous le tableau de bord) et risque d'endommager irrémédiablement le circuit électrique.
Une Statistique Rassurante et des Actions en Cours
Les bilans de sécurité de l'EASA sur la dernière décennie révèlent que les feux de cockpit sur avions légers sont extrêmement rares (seuls trois cas recensés sur ELA2, dont deux concernant des montgolfières). Lorsqu'un incendie survient sur un avion léger, il prend généralement naissance au niveau du compartiment moteur ou des freins.
Face à ce constat, l'IAOPA-Europe négocie actuellement avec l'EASA et la Commission européenne pour faire classer les extincteurs utilisés en exploitation non commerciale (Part-NCO) comme « équipements non installés ». Cela permettrait de lever l'obligation de certification aéronautique lourde et de proposer des solutions plus accessibles financièrement pour l'aviation générale.




